La tortue marine est une espèce en danger. Connaître le phénomène d’émergence des nouveaux nés permet d’adopter les bons gestes pour ne pas rendre leur parcours du combattant encore plus périlleux. Découvrez ce phénomène fascinant dans cet article.
Une éclosion progressive
Une incubation non uniforme
Une ponte comporte une centaine d’oeufs enfouis au fond du trou creusé par la femelle et recouvert de sable. Les embryons se développent grâce à la chaleur de l’incubation naturelle et aux réserves accumulées dans l’œuf (jaune ou vitellus ou jaune) jusqu’à devenir des bébés-tortues.
Le sexe des nouveaux-nés est déterminé par la température dans le nid : au-dessous de 29°C, l’œuf donne un mâle ; et au-dessus de 29°C, il donne une femelle.
Les œufs du centre, qui bénéficient de températures sensiblement plus élevées que ceux à la périphérie, se développent un peu plus vite que ceux de la périphérie et vont éclore en premier. Ils déchirent l’enveloppe de l’œuf grâce à leur bec corné et s’en extraient.
Juste avant d’éclore, Ils incorporent ce qui reste du jaune de l’œuf et vont vivre sur ces réserves nutritives pendant plusieurs jours avant de commencer à se nourrir par eux-mêmes une fois qu’ils auront atteint la mer.
Bien que déjà complètement formés et aptes à se déplacer, ils ne cherchent pas à sortir du nid immédiatement et restent inactifs au minimum une journée le temps que leur carapace se durcisse.
Une éclosion cependant synchrone
Des processus de synchronisation des éclosions sont possibles :
Vers la fin du développement, les embryons à développement moins rapide peuvent augmenter leur métabolisme dont leur rythme cardiaque en détectant les battements de cœur, des vibrations ou des mouvements de leurs voisins de ponte plus avancés : ils peuvent ainsi rattraper leur retard.
De même, les embryons de tortues-luths ou de tortues vertes prêts à éclore vocalisent. Ces sons pourraient servir à synchroniser les éclosions.
Cette synchronisation entre les jeunes dans leur activité d’éclosion puis d’émergence constitue un phénomène essentiel et fascinant.
Une émergence, de nuit, 4 à 7 jours après l’éclosion
Cette éclosion synchrone par stimulations réciproques va permettre une association entre les jeunes d’une même ponte dans le creusement du sable vers le sommet du nid.
Un pelletage synchronisé
Pour sortir du nid, les premiers nés attendent qu’un grand nombre d’œufs soient éclos autour d’eux pour commencer à gratter le sable du plafond de la chambre de ponte et provoquer son effondrement. Ils creusent tout en grimpant très progressivement, en groupe, à travers la colonne de sable que la femelle avait soigneusement tassée au-dessus de la chambre.
Le coût énergétique de la remontée dans le sable varie selon les individus, de 11 à 70 % du potentiel énergétique contenu dans le jaune résiduel. Cette dépense individuelle diminue d’autant que la cohorte est nombreuse. Pour une cohorte d’une centaine d’individus, elle peut baisser de plus de moitié.
Cette activité de pelletage synchronisée sauve une part de la réserve d’énergie interne dont disposent les jeunes, laquelle pourra être allouée aux activités à venir dont la nage frénétique pour gagner le large. Les jeunes entrant dans la mer avec des réserves énergétiques internes moins entamées auront de plus grandes chances de survie avant de commencer à s’alimenter.
Sortir du nid en grandes cohortes induit donc un meilleur taux de survie et un meilleur succès reproductif pour l’espèce.
Un pelletage et une émergence aux heures fraîches
Les nouveaux-nés ne creusent pas en continu. Ils alternent des périodes d’activité de pelletage intense avec des phases de repos. La reprise d’activité d’un individu du groupe après une phase de repos induit la reprise des autres.
Quand la température à l’intérieur du nid s’élève, l’activité s’arrête. Ainsi, quand les bébés-tortues se rapprochent de la surface et que le soleil tape directement sur le haut du nid, ils cessent de creuser. L’activité ne reprendra que le soir avec la baisse des températures.
Ceci explique pourquoi la majorité des émergences se font de nuit ou, plus rarement, lors de journées nuageuses fraîches. Au total, la sortie du nid après l’éclosion demande 4 à 7 jours aux jeunes.
Une dévalaison rapide mais à haut risque
Les bébés-tortues sortent de leur nid tous ensemble. Enfin à l’air libre, il leur faut dévaler la plage pour atteindre la ligne des vagues à quelques dizaines de mètres et atteindre la mer, l’élément naturel auquel ils sont vraiment adaptés.
Cette dévalaison, même si elle est rapide, de l’ordre de 30 mn à une heure n’est malheureusement, pas sans risque. Différents écueils les attendent.
S’orienter vers la mer
C’est la lumière de la lune, des étoiles, se reflétant sur la surface de l’eau qui détermine l’orientation des petites tortues vers la mer.
S’orienter correctement et se diriger effectivement vers la mer est particulièrement difficile si la plage subit une pollution lumineuse nocturne due à une activité humaine ou la présence d’une route et de véhicules à proximité.
Ces lumières perturbent grandement l’orientation des bébés tortues et vont les attirer bien plus que la lumière naturelle se reflétant sur la mer. Elles vont prendre la mauvaise direction, ne jamais rejoindre l’océan, et finir par mourir d’épuisement ou mangées par des prédateurs.
Se déplacer sur la plage
Se déplacer sur le sable mou avec des nageoires transformés en palettes pas vraiment adaptées est difficile. Ils progressent cependant en profitant de l’effet de tassement engendré par leurs nageaoires qui appuient sur le sable et le rendent ainsi un peu plus « dur ».
Evidement, rencontrer et tomber dans un trou creusé par un chien ou un individu rend la traversée encore plus difficile.
Creuser un trou sur une plage de pontes des tortues marines constitue une menace pour ces espèces protégées. Veiller à reboucher les trous que vous pourrez rencontrer lors de vos ballades sur la plage.
Echapper aux prédateurs
Le problème numéro un reste d’échapper aux prédateurs nocturnes côtiers à l’affût de cette manne inespérée. En Guadeloupe, le prédateur principal est le crabe suivi par le bihoreau nocturne, un oiseau.
Que faire …
Si vous êtes témoin d’une émergence
Les nouveau-nés n’ont pas besoin d’une intervention humaine. Si vous êtes témoin d’une émergence, il est indispensable de ne pas toucher les tortillons et de les laisser regagner la mer par leurs propres moyens.
Il est possible de les protéger en éloignant les prédateurs (crabes, oiseaux, chiens…) ou de dégager l’espace entre le nid et la mer en cas d’obstacles (branches, palmes, sargasses, trous dans le sable).
Si vous rencontrez des nouveaux-nés en perdition
L’urgence est alors de les hydrater en les arrosant avec de l’eau de mer et de leur faire de l’ombre. Ils reprendront de la vigueur.
C’est pendant ce trajet sur le sable qu’ils apprennent à se servir de leurs nageoires et à les muscler afin d’être opérationnels dès leur entrée dans l’eau. Ne les transportez pas vers la mer. Une étude a montré que le pic de mortalité se concentre sur la première heure de vie aquatique.
Si vous avez le moindre doute sur la conduite à tenir, n’hésitez pas à contacter :
– le Réseau Échouages au + 590 690 74 03 81
– ou, pour le secteur de Sainte-Rose, l’Association Tò-Ti-Jòn au +590 690 50 58 16.
Si vous voyez des chiens sur une plage de ponte
De nombreuses attaques et perturbations sont le fait de chiens errants, des chiens abandonnés et affamés mais également de chiens divaguants.
Un chien est en état de divagation lorsqu’il n’est plus sous la surveillance de son maître. Cela signifie qu’il est hors de portée de voix de celui-ci ou de tout instrument sonore permettant son rappel, ou qu’il est éloigné de son propriétaire d’une distance dépassant 100 mètres. Le maître est passible d’une amende.
La plupart des plages de ponte sont interdites aux chiens même tenus en laisse. En cas de présence de chiens, essayez de les éloigner et prévenez les autorités.
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