La nuit, source de mystère et de quiétude, est aujourd’hui menacée par un fléau invisible mais omniprésent. Chaque soir, les communes et même les campagnes guadeloupéennes s’illuminent de mille feux artificiels transformant le ciel étoilé en un halo orangé inquiétant. Eclairages urbains, vitrines de magasins, lumières intrusives des habitations et maintenant, leds solaires à profusion dans les jardins ou dans les champs, autant de sources lumineuses qui envahissent l’environnement nocturne et perturbent la faune, la flore et les êtres humains. Halte à cette pollution lumineuse. Il est temps d’agir, chacun à son niveau ! Voyons comment …
Les effets de la pollution lumineuse
Plantes, animaux et êtres humains adaptent leur rythme biologique sur un rythme circadien de 24 heures synchronisé avec les révolutions de la Terre autour du Soleil. Perturbant le jour et la nuit, on comprend aisément que la pollution lumineuse n’est pas sans conséquence.
Effets sur la faune : un véritable pesticide
64 % des espèces d’invertébrés et 30 % des vertébrés sont nocturnes. Ces animaux nocturnes sont actifs la nuit et dorment le jour. Ils ont besoin d’obscurité pour bien vivre.
Des oiseaux migrateurs, dépendants de la variation entre le jour et la nuit, attendent la fin du jour pour circuler et sont désorientés par les halos lumineux sur des dizaines de kilomètres. Les insectes sont attirés par la lumière jusqu’à l’épuisement. Pour certaines espèces, la lumière peut les désorienter, les aveugler, perturber leur reproduction, faire fuir les animaux dont ils se nourrissent, les forcer à se replier dans des territoires de plus en plus étroits … et l’espèce peut s’éteindre.
Après la ponte ou lors de l’émergence, sur terre, les tortues marines se dirigent vers la zone la plus lumineuse qu’est la mer. Les éclairages artificiels visibles depuis la plage constituent une menace pour elles et plus encore pour leurs tortillons qui risquent d’être désorientés et se retrouvent exposés aux prédateurs, à la fatigue, la collision avec un véhicule ou encore la déshydratation.
Si toutes les espèces ne subissent pas la pollution lumineuse de la même manière, c’est cependant tout le système proie-prédateur qui se retrouve affecté. La pollution lumineuse dans les campagnes ou sur les plages devient problématique pour nombre d’espèces en se transformant en un véritable pesticide.
Effets sur la flore : un insecticide invisible
Les végétaux sont perturbés par un éclairage en continu ou un excès d’éclairage. Leurs capacités de croissance et de reproduction sont bouleversées : les arbres bourgeonnent trop tôt ou subissent un retardement de la perte des feuilles, certaines fleurs restent ouvertes et s’auto-fécondent ce qui réduit le brassage génétique.
Une étude a montré que les prairies soumises à la pollution lumineuse enregistrent une baisse de 62 % des visites des pollinisateurs avec comme conséquence une réduction de 13 % de la production de fruits.
En bref, les plantes sont incapables de s’adapter à ce jour permanent. L’éclairage nocturne y agit comme un insecticide invisible.
Effets sur l’humain : un perturbateur endocrinien
L’exposition nocturne à la lumière artificielle affecte directement les être humains. Cette exposition bloque la sécrétion de mélatonine et dérègle l’horloge biologique. Ce dérèglement peut générer stress, irritabilité, troubles du sommeil, fatigue chronique, troubles de l’appétit, risques accrus de dépression ou même certains cancers.
La pollution lumineuse modifiant la production d’hormones se comporte comme un perturbateur endocrinien.
Une loi pour prévenir les nuisances lumineuses
Les premiers balbutiements
Un premier arrêté, celui du 25 janvier 2013, encadrait les horaires de fonctionnement des éclairages des façades de bâtiments non résidentiels ainsi que celui des bureaux et vitrines qui y sont installés.
En application des Lois Grenelle I et II (2009/2010) et de la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages (2016), le Conseil d’État ordonne au gouvernement, en mars 2018, de compléter la réglementation sous neuf mois.
L’arrêté du 27 décembre 2018
L’arrêté du 27 décembre 2018, publié le 28 décembre 2018 au Journal officiel, relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses vise à restreindre ses impacts en définissant des prescriptions temporelles et techniques appliquées à plusieurs types d’installations d’éclairage.
Ces textes sont issus d’une concertation importante entre le ministère de la transition écologique et solidaire et les principaux acteurs : associations de protection de l’environnement, collectivités territoriales, professionnels de l’éclairage, autres administrations…
Les différents articles
L’article 1er définit les catégories d’installations d’éclairage
L’article 2 détaille des prescriptions temporelles et les extinctions
L’article 3 et l’article 5 détaillent des prescriptions techniques et précisent les conditions de contrôle de conformité
L’article 4 et l’article 6 détaillent des prescriptions particulières pour des sites à enjeux de biodiversité ou des sites astronomiques
Chacun de nous peut agir …
La bonne nouvelle est que l’excès de lumière est une pollution réversible et que chacun de nous peut agir pour réduire son impact.
Les préconisations suivantes peuvent s’appliquer aussi bien pour des éclairages privés que publics et quelle que soit la catégorie d’usage de l’éclairage.
Action 1 : Allumons uniquement quand c’est nécessaire
Avoir une temporalité réduite au minimum, strictement nécessaire à l’activité humaine concernée, grâce à une démarche d’extinction et/ou de détecteurs de présence.
Au diable, les leds solaires qui restent allumées toute la nuit sous prétexte qu’elles ne consomment rien.
2 actions faciles : Eteindre ou supprimer toute lampe qui ne sert à rien ou à défaut, la munir d’un détecteur et d’un minuteur.
Action 2 : Respectons les seuils de températures de couleur
Le kelvin est l’unité de mesure de la température de couleur d’une lumière. Plus le nombre de degrés est faible, plus la couleur est chaude. L’arrêté demande à ce que les équipement lumineux ne dépassent pas les 3000 kelvins. Cela correspond à une lumière chaude utilisée habituellement pour des ampoules domestiques.
Au-dessus de ce seuil, la lumière est équivalente à celle du jour et perturbe tout cycle de vie. La majorité des lampes LED solaires qui illuminent les jardins et les champs ne respectent pas cette couleur.
Action : Remplacer les lampes au dessus des 3000 kelvins par des lampes aux normes qui éclairent jaune.
Action 3 : Maîtrisons le flux lumineux en respectant la règle de l’horizontale
Il est interdit d’envoyer de la lumière vers le ciel.
3 actions faciles : Ne diffuser aucune lumière au-dessus de l’horizontale, réduire le « cône » de diffusion de la lumière pour limiter les flux proches de l’horizontale, éclairer strictement la surface utile au sol.
Action 4 : Interdiction totale d’éclairer les surfaces aquatiques
La règlementation exige de ne pas éclairer directement les surfaces aquatiques.
Ne pas éclairer tout milieu naturel et habitat pour la biodiversité (végétation, arbres, plages, cavités …) afin de ne créer aucun risque d’éblouissement pour la faune.
Pour conclure, halte à tous les éclairages inutiles
Un éclairage « illégal », c’est avant tout un éclairage inutile : allumé toute la nuit, souvent orienté directement vers le ciel, trop lumineux, trop invasif, il ne répond à aucun besoin. En revanche, il a des impacts importants, énergétiques bien sûr, mais aussi et surtout, on l’a vu, sur la biodiversité et la santé publique.
Et si on redonnait sa véritable place à la nuit ?
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