Juillet à Août 2000
Marquises – Tuamotu (Takaroa) – Îles de la Société (Tahiti – Raïatea)
Nuit d’enfer au paradis
Vendredi 23 juin 2000, 18h30 locales, la nuit tombe sur Fatuiva et la magnifique baie des vierges de Hanavave. Dans quelques instants, nous y achèverons notre transpacifique. « Welcome to the Marquesas » scandent nos amis américains venus nous accueillir en dinghy. Rapidement, nous changeons de bord pour fêter sur Zorana nos arrivées successives. Rigolade en apprenant enfin de vive voix et non plus à la radio, le nom du bateau de Gary et Amy. Avant de devenir Quater Splash ce soir, nous avions émis toutes les hypothèses : Cold and Splash, Fort and Flash, Cool and Flash, Gold and Flash ! Joie des retrouvailles et compte rendu de nos traversées respectives qui se sont déroulées sans problème majeur.
Le lendemain, après une première nuit de sommeil ininterrompue, nous nous retrouvons dans le petit village de 300 habitants. Les nombreux enfants, qui ne sont pas à l’école ce samedi, nous réclament tous des bonbons. Ces bonbons seront bientôt des monnaies d’échanges contre des fruits ou autres légumes, bananes, oranges, pamplemousses, citrons, papayes, urus essentiellement. Nous commandons le pain au boulanger du village qui oeuvre dans une petite baraque attenante à sa maison et alimente son four au feu de bois. Il pétrira 50 kg de farine aujourd’hui. Demain, dimanche, il ne travaille pas et il n’y aura donc pas de pain au village ; lundi, non plus d’ailleurs, car il sera fiu (fatigué). Nous traversons le village et empruntons sur quelques kilomètres la piste qui mène au second et principal village de l’île, Omoa, situé à 17 km. La montée est rude mais la vue sur la baie, le village et la vallée, tous trois encaissés au milieu des montagnes de basalte aux couleurs rougeâtres et aux formes hétéroclites est superbe. Nous poursuivons la balade jusqu’à une belle cascade de 60 m et son bassin d’eau fraîche et douce où nous piquons une tête. Et c’est rassasiés par du bon pain encore chaud et un peu cassés par ces 4 heures de marche que nous rentrons au bateau nous reposer. Ce dont nous ne nous doutons pas, c’est que le plus dur est à venir …
Dans ce petit mouillage paradisiaque dont les fonds atteignent rapidement les 30 m, se trouvent 3 bateaux américains (Zorana, Quater Splash, Mendolin), 2 italiens (Gulliver et Sea Path), 1 allemand, 1 irlandais, 2 français (Iwani et Galyptus), 1 hollandais (Ritme) et nous, soit 11 voiliers dans un espace restreint. Dès la fin de l’après midi, d’intenses bourrasques de vent, qui atteignent fréquemment les 30 noeuds, secouent furieusement le mouillage. Iwani, mouillé devant nous, possède la même éolienne sifflante que nous ; aussi, dès qu’arrive une survente, nous sommes avertis par le bruit intense et nous tenons prêts mentalement à la recevoir. Les bateaux prennent un angle par rapport au vent et partent pour un bord de près fictif. L’évitage de chacun prend des proportions aussi importantes qu’inquiétantes. Ainsi, de temps en temps, notre voisin allemand s’approche de nous. Après un rapprochement trop intense à son goût, il nous demande par précaution de rallonger notre mouillage. Iwani, mouillé pourtant depuis 3 jours ici sans problème, vient de chasser et se fait aider par un voisin en meilleure posture. Tous les bateaux sont tous en veille sur la VHF au cas où. Inutile d’essayer de dormir dans ces conditions délicates, nous entamons une partie de scrabble …
Très vite, Daniela et Mikele, nos amis italiens ancrés derrière nous, nous appellent ; Alfra vient de se rapprocher du bout dehors de leur Halberg Rassy, Gulliver. Explication polyglotte à la VHF. Les allemands ne veulent pas racourcir, les italiens ne peuvent pas rallonger. Et nous au centre des débats et de l’action qui pouvons ou voulons raccoucir ou rallonger, mais cela ne convient ni aux uns, ni aux autres. Devant le mauvaise foi tenace des allemands, nous mettons le moteur en route et tentons de déplacer l’ancre en la tirant vers l’avant. Les français qui nous voient les frôler dangereusement commencent à se demander de qui de quoi. Malheureusement, après 2 tentatives, l’ancre n’a pas bougé d’un pouce et revenant à notre position initiale, il ne reste plus qu’une solution guère encourageante au milieu de la nuit noire et des déplacements incontrôlés des bateaux : RELEVER L’ANCRE. Evidemment, dans ces conditions, le faire comme le fait Francis, à la main, relève de l’épreuve de force. Le bruit du moteur et du vent ajoutés à celui stressant de l’éolienne couvrent nos voix et il nous est impossible de nous parler afin de coordonner la manoeuvre. Quand enfin, Francis réussit à décrocher l’ancre du fond sans pour autant la remonter totalement à bord, je ne m’en aperçois pas et Alfra dérive rapidement. Quelques secondes plus tard, la situation est critique. Il s’agit d’effectuer un gymkana au milieu de bateaux dont les déplacements sont imprévisibles. Heureusement, que le moteur d’Alfra répond rapidement, ce qui permet d’éviter la collision avec Gulliver et l’arrachement du portique et des panneaux solaires qui dépassent largement de l’arrière du bateau (ce ne fut pas le cas d’Alnitam de Jean Michel et Isabelle qui il y a 2 mois ont perdu toute leur installation arrière et sont aujourd’hui encore au chantier de Papeete pour réparer). Reste à REMOUILLER dans ce mouillage d’enfer. Ce ne sera pas une partie de plaisir et la manoeuvre sera, là encore, délicate. Une demi-heure plus tard, nous sommes enfin correctement ancrés et à distance respectable des allemands, italiens et français. Mais c’est maintenant la côte toute proche que nous devons surveiller. Dire que 2 jours auparavant, nous étions bien tranquilles en mer, je crois qu’on appelle ça, les joies de l’escale !!!
Kaoha, le bonjour marquisien
Notre parcours marquisien de 3 semaines, effectué du Sud au Nord afin de profiter du vent dominant de sud est, s’achève. Nous avons fait escale dans 6 des 7 îles habitées et relaché dans 8 mouillages sur la bonne vingtaine qu’en compte l’archipel. Comme d’habitude, nous sommes passés trop vite mais avons cependant touché du doigt les habitudes de vie ici et commençons à nous mettre sereinement à l’heure polynésienne.
Je ne reviendrai pas sur l’escale de Fatuiva et son fameux mouillage dans un site somptueux, peut-être le plus beau des Marquises, la baie des Vierges à Hanavave, vous en avez eu un premier aperçu …
Nous rejoignons ensuite, Hiva Oa, l’île principale du groupe Sud située à 45 milles au nord de Fatuiva. Hormis la visite au cimetière du principal petit village de l’île, Atuona, dominant la large baie des traitres où sont enterrés Brel et Gauguin, c’est l’occasion pour nous de faire un tour en 4×4 avec Pépérou et Sabine, couple marquisien qui s’est reconverti dans le tourisme après avoir suivi des cours d’anglais pendant 3 ans aux Fidji, jusqu’au site archéologique de Iipona à Puamau et d’observer cinq tiki emblématiques du lieu dont le plus grand de Polynésie Française qui mesure 2,63 m. Nous reviendrons de cette balade au bateau les bras chargés de fruits. Jamais, je n’ai vu une telle profusion de fruits et légumes. Bananes, papayes, urus, citrons, oranges, mangues, pamplemousses, noix de coco poussent ici en quantité phénoménale. Les pamplemousses ont une pulpe verte et la taille impressionnante d’un ballon ce qui me pose problème tous les matins au niveau de mon presse-agrume ! Les autochtones ne sont pas des mangeurs de fruits qu’ils laissent en l’état sur l’arbre. Aussi, si en ramasser vous fait envie, il suffit de leur en demander la permission. Ils vous l’accorderont immédiatement, contents de vous faire plaisir. A bord, c’est l’heure des jus de fruits, milk shakes et confitures.
Nous ne nous attardons pas à Hiva Oa, l’envie de nager dans une eau claire nous tenaille. Nous la trouverons tout près, à moins de 15 milles à l’ouest, dans la magnifique baie de Hanamoenoe de Tahuata. Nous comprendrons plus tard pourquoi cette belle baie, bien aérée et ne subissant pas les effets de la houle est qualifiée comme étant un des meilleurs mouillages des Marquises. Nous allons plonger avec Jack et Sandi qui férus de coquillages ramassent de belles porcelaines tigre et à bosse à chacun de leur snorkeling. Nous observons nos poissons habituels mais avec des couleurs différentes de ceux des Caraïbes. L’eau, un peu remuée par le ressac est trouble et ces plongées aux Marquises ne resteront pas dans les annales. Ici, nous retrouvons beaucoup de bateaux rencontrés aux Galapagos avant la transpac et une dinghy party est organisée. Autour d’une bouée mouillée, chacun vient en annexe s’amarrer et apporte une préparation de son choix sucrée ou salée qui sera passée d’embarcation en embarcation. Première originale, symphatique et comospolite qui réunit 6 anglais, 5 américains, 4 belges, 2 allemands, 3 hollandais, 5 italiens et 2 français : Jack et Sandi sur Zorana, Amy et Gary sur Quater Splash, René, Fabienne et Anthony sur Fare Nui, Richard, David, Barbara et Alan sur Pursuit, Olaf, Erna et Vera sur Ritme, Daniela et Mikele sur Gulliver, Franco, Laura et Francesco sur Sea Path, Jean Pierre et Patrica sur Tania, Mike et Christine sur Ulu et les allemands que nous évitons consciencieusement et dont nous ne connaissons pas les prénoms, rancuniers que nous sommes, depuis l’affaire d’Hanavave. La réunion sera couronnée par la présence de plusieurs raies manta et de sauts de certaines d’entre elles.
La 4ème île atteinte après une demi nav de nuit sera Ua Pou et ses pics et pains de sucre de basalte. Nous sommes, au nord de l’île, dans le port du village principal, Hakahau, protégé par une digue de la houle et disposant d’un quai de débarquement. La vue sur la vallée est superbe. Après quelques balade et baignade à une plage voisine dépourvus de nonos, moustiques endémiques (dont les piqures peuvent être dangereuses si elles sont trop gratées), nous quittons Fare Nui et Quater Splash pour retrouver à Hakahetau sur la côte ouest, Zorana, Gulliver, Sea Path et Ritme. Ce soir, les plaisanciers sont invités à l’anniversaire d’Etienne, l’ancien maire instituteur du village. Fervent défenseur de la culture marquisienne, il fait partie de l’association Motu Haka, créée en 1978, dans le but de sauvegarder et de promouvoir la culture locale. Une des actions de l’association fut la mise en place du festival des îles Marquises (Matava’a o te Henua Enata), manifestation très prisée par les Marquisiens qui se déroule tous les 2 ans depuis 1985 et qui est l’occasion de démonstrations variées, danses, chants, sports traditionnels, préparations culinaires, artisanat et de restaurations de sites archéologiques. Etienne nous parle de ses pères adoptifs, le dernier étant anglais, langue qu’il maîtrise parfaitement. Ici, les familles sont très nombreuses et l’adoption très courante ; nous en avions déjà eu un exemple avec Pépérou et Sabine qui ont adopté 2 de leurs 3 enfants. Yvonne, la femme d’Etienne, fait de l’artisanat, des tapas, des chapeaux et autres tressages, des colliers, du monoï. Elle m’apprendra à tresser le poa (palmes de cocotiers) et le pandanus, qui servent aux toits ou murs des fares.
Le mouillage trop rouleur au débarquement acrobatique nous empêchera malheureusement de rester plus longtemps et nous partirons pour Nuku Hiva, île la plus étendue du groupe nord. Nous ancrerons d’abord à l’ouest dans un véritable fjord où vivent paisibles quantité de raies manta. Cette splendide baie sera le point de départ d’une sympathique excursion à pied, jusqu’à une chute de 300 m de haut, la 3ème au monde, semble-t-il. Puis nous rejoindrons Tahoiae, la ville principale, pour les festivités du 14 juillet ou Heiva et nombre de bateaux connus dont nos amis américains. Nous y ferons la connaissance de Danza, famille américaine du Maine que nous avons déjà croisée plusieurs fois au Galapagos. Leurs 4 enfants, dont les 2 aînés ont l’âge de Goulven et Malo, aimeraient apprendre le français et elle envisage de s’installer un an à Raïatea si c’est possible. Super, nous les retrouverons là bas. Inutile de vous dire que depuis plus d’un mois nous parlons anglais tous les jours. Je me suis enfin lancée à parler et ceci avec plaisir. Ce n’est pas trop tôt …
Les Marquises sont véritablement des îles accueillantes, spectaculaires et isolées à la fois. Il se dégage de ce microcosme propre et fleuri une atmosphère particulière difficile à définir mais qui a déjà conquis nombre de personnes. Pour nous, ce fut l’initiation à une nouvelle culture, à l’accent polynésien et au langage gestuel spécifique : un haussement de sourcils pour acquiescer, un froncement de nez pour demander ce qui se passe. Nous y reviendrons peut être pour un séjour plus long dans un an. Les mouillages y sont faciles, souvent splendides et profonds mais aussi rouleurs ou peu aérés et la baignade peu engageante. L’idée de trouver l’eau turquoise des lagons des Tuamotu et des îles de la Société qui nous a réellement manqué ici nous ravît et nous mettons le cap sur Takaroa, un atoll des Tuamotu …
Au royaume des perles … et des requins
Nous venons de passer une agréable semaine à Takaroa. Nous avons pris connaissance des conditions de navigation dans un atoll polynésien, un parmi les 77 de l’archipel des Tuamotu qui s’égrene sur 1500 km du nord-ouest au sud-est et 500 km d’est en ouest ainsi que de l’activité principale des paumotu, les habitants des Tuamotu.
Vous vous souvenez sans doute des recommandations de navigation en milieu coralien. Ici, elles sont évidemment d’actualité. Vient s’y ajouter une difficulté supplémentaire qui sont l’entrée et la sortie dans l’atoll. Un atoll est un anneau coralien constitué de plusieurs dizaines de motu, petites îles à cocotiers reliées les unes ou autres par des hoa, chenaux de très faible profondeur ou séparées par des quelques passes navigables. Le marnage, bien que peu important, de moins d’1 m, s’accompagne de courants énormes dans les passes afin d’évacuer l’eau ayant pénétrée dans l’atoll, ici et là, sous l’effet de la houle. Ces courants sont généralement sortants même par marée montante et peuvent atteindre 20 noeuds dans certains atolls comme à Hao dans le sud des Tuamotu, la moyenne variant entre 5 à 10 noeuds. Il est donc vivement conseillé d’entrer et de sortir aux bonnes heures, c’est à dire aux étales de marée. Beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Même en possédant les horaires de marée de l’atoll de référence, Mururoa, au Sud de l’archipel, et des corrections pour certains atolls au Nord, il nous a été très difficile de vérifier quoi que ce soit. Aussi, il faut se référer à une autre méthode qui préconise d’entrer ou de sortir des passes 1 heure et demi après le passage de la lune à son zénith.
Bien sûr, à notre arrivée à Takaroa, nous sommes en retard sur l’heure adéquate mais à faire des ronds dans l’eau devant la passe, le courant ne paraît pas fort, de l’ordre de 1 à 2 noeuds. Aussi nous décidons d’entrer dans cette passe de 65 m de large afin d’atteindre le quai situé tout près. Un bateau de pêche d’une trentaine de mètres s’apprête à le quitter et Alfra y aura donc toute la place nécessaire. Nous approchons du quai le plus lentement possible et tâchons de repérer les bites d’amarrage ou autres anneaux disponibles. Rien hormis 3 pieux situés à plus de 15 m du bord du quai : pas très pratique tout ça. La manoeuvre s’engage mal, nous la laissons tomber purement et simplement pour poursuivre notre progression dans la passe. A la fin de celle ci, un angle droit et une remontée des fonds de 15 à 3,5 m. Assurément, la difficulté se situe là et non à la sortie de la passe vers le large où parfois des mascarets se forment sur plus d’1 mille. Des vagues de près d’1 m après l’angle droit nous attendent ainsi des tourbillons ou autres surfaces lisses et suspectes avant. La gomme est mise et bien qu’un peu secoués, nous passons sans difficulté. Nous voici maintenant dans le lagon, à l’affût d’éventuels pâtés de coraux. Ils sont très peu nombreux. En revanche, des multitudes de bouées à la surface de l’eau et sous l’eau … Nous apprendrons plus tard qu’il s’agit de stations de collections de naissain d’huîtres situées à plus de 3 m de fond. En passant au centre de bouées visibles en surface, il n’y a normalement aucun problème d’interception illicite au niveau de la quille, du moteur ou du safran.
Arrivés au mouillage, non protégé des vents dominants, Olaf et Erna, l’équipage de Ritme, nous confirment la profondeur : 25 m. Vous imaginez la tête de Francis qui remonte le mouillage à la main. Moi, dans ces moments là, j’évite de croiser son regard. D’autant plus que nous nous sommes aperçu dernièrement que le guindeau électrique, une option que Francis à commander spécialement à Etap en précisant son programme de TDM se révèle complètement inefficace par plus de 10 m de fond …. Après quelques tours dans la zone et une approche progressive mais systématique du platier, nous trouvons enfin un petit coin à 15 m qui permet d’éviter convenablement mais ne nous laissera que peu de temps si l’ancre chasse. Evidement alors qu’en mer, nous avons attendu le vent pendant 3 jours et même fait près de 30 h de moteur d’affilée, ici, il se déchaîne à plus de 30 noeuds et la première nuit de tanguage sera terrible. Ecoeurés, Ritme s’en va dès le lendemain. Nous, nous attendrons l’arrivée de Zorana. Il vaut mieux être à plusieurs pour plonger dans la passe et faire face aux rencontres assurées de requins. En attendant, nous nous baladons dans le village et au secteur (ainsi nommée toute la zone de l’atoll à l’extérieur du village soit une bonne cinquantaine de km). Toujours bien accueillis, nous discutons avec les locaux qui travaillent tous sans exception dans la perle. Anecdote en passant : ici, malgrè les 500 habitants, il n’y a pas de boulanger et le pain arrive 2 fois par semaine en avion !
Nos connaissances concernant la perliculture se sont quelque peu étoffées : la confection des ombrières (matière synthétique sur laquelle les jeunes huîtres ou naissains se déposent), l’immersion de stations collectrices (comportant 500 ombrières dont il faut maintenir la position sous l’eau à environ 5 m tout au long de la croissance des naissains, soit pendant 8 mois), le prix de vente de ces stations, (environ 55 000 FF soit 1 million de CPF, le franc pacifique pour 500 000 huîtres prêtes à être greffées) n’ont plus de secret pour nous. Nous avons même assité à des greffes, introduction du nucleus, coquillage du Mississipi, aseptisé ou non, sur lequel viendra se déposer la nacre et avons eu le privilège d’être présents pour une première récolte miraculeuse de perles. Réalisée après 18 mois d’attente, cette récolte est aussi l’occasion d’une seconde greffe. Une huître peut ainsi être greffée 3 fois de suite avec un accroissement du nucleus introduit à chaque nouvelle opération, les risques de rejet décroissant. Les greffeurs autrefois japonais sont maintenant détrônés, soit par des chinois, payés l’équivalent de 6000 FF le mois, soit 10 fois leur salaire en Chine, soit par de jeunes paumotu qui se sont pour le plupart formés sur le tas, l’école récemment créée à Rangiroa n’étant accessible qu’aux jeunes titulaires d’un bac.
Zorana fait des ronds dans la passe et n’ose franchir l’angle trépiudant. Nous les rejoignons d’un rapide coup d’annexe, complétement sécoués et arrosés par les franches vagues du lagon qui nous arrivent de face. Sur l’une d’entre elles, l’annexe s’est carrément cabrée à près de 60° !!! Nous les laissons se reposer quelques heures avant de retourner illico dans la passe pour une première plongée. Si celle-ci fût décevante, la marée, redescendant, charriant de l’eau trouble du lagon, le snorkeling du lendemain fut assez fantastique et pas trop impressionnant, dieu merci. A peine dans l’eau, nous assitons à un véritable ballet de raies, 10 raies léopard à la suite les unes des autres pendant plus de 10 minutes. Incroyable. Nous poursuivons notre remontée de passe, à quelques mètres le long du platier, tractant l’annexe au cas où, par 4 mètres de fond, au milieu des poissons multicolores que nous identifierions dès que nous aurons acheté un bouquin spécial Pacifique Sud. Nous apercevons des requins pointe blanche et pointe noire au centre de la passe par une profondeur plus importante de 15 mètres. Ils ne s’approchent pas trop près des plongeurs, c’est à dire … de nous. Il n’y aura qu’un jeune qui s’étant aventuré précedemment près du platier rejoindra ses congénères lors de notre passage passant au milieu de nous 4 !
Nuit d’épouvante, deuxième
C’est parti pour une courte traversée de 300 milles entre Takaroa et Papeete à Tahiti, la capitale de Polynésie Française. Comme d’hab, depuis notre traversée depuis les Marquises, le vent est faible voire inexistant. Après avoir émis l’idée de s’arrêter à Rangi (Rangiroa), le principal atoll des Tuamotu, pour y attendre le vent, nous poursuivons notre route tant bien que mal au milieu des grains, plus ou moins venteux, et des calmes rouleurs. Je prends une carte météo à la BLU : nous y observons le cyclone Daniel dans l’hémisphère nord, au sud des îles Hawaï, et un front important sur Tahiti. Effectivement, un grand vide persiste dans notre région ce qui explique notre manque actuel de vent. Nous avons encore bien choisi notre moment pour traverser !!!
Au milieu de la nuit, Francis, installé dans la cabine avant, perçoit à plusieurs reprises le faseyement du génois pourtant déjà bien enroulé. Nous devons subir les prémisses d’un grain et ses signes annonciateurs. Effectivement, dès sa sortie dans le cockpit, Francis aperçoit dans cette nuit sans lune un mur sombre couvrant tout notre horizon à l’arrière du bateau. Il s’empresse de rouler le génois avant de pouvoir s’occuper de la grand-voile. Le génois enroulé, Francis jette un nouveau coup d’oeil à l’arrière. Son sang ne fait qu’un tour. Il délaisse la grand-voile pour démarrer le moteur au plus vite, jurant des « Nom de dieu de nom de dieu, hot verdome » à n’en plus finir.
Le régime moteur n’est pas celui de croisière habituel à 2300 tours mais largement supérieur, au maximum. Je m’apprête à rejoindre Francis dans le cockpit quand celui-ci me repousse : « Ne sors pas, reste où tu es ». De la descente, je ne vois que du noir. Que se passe-t’il donc ? Francis ne tarde pas à me l’apprendre. « Une trombe, là, derrière à 30 m, suivant le sillage du bateau, je la vois osciller, elle soulève des vagues de 5 m de haut » m’annonce-t’il, angoissé.
« Ne reste pas là, rentre vite à l’intérieur ». J’hésite à m’enfermer dans les toilettes. Que se passerait-il si la trombe passait effectivement sur Alfra ? Serions-nous aspirés ou soulevés, les dégâts n’atteindraient-ils que le pont et la mature ? Nous sommes là impuissants avec ce danger si proche, à tout juste 30 m dont le déplacement est aléatoire. Les secondes et les minutes sont longues. Nous n’osons sortir dehors pour estimer la situation. Quelle est l’évolution ? Le bruit du moteur est assourdissant, nous n’entendons que lui et ne pouvons agir sur les gaz dont la poignée, située à la console de barre à roue au milieu du cockpit, n’est pas à portée de main. Enfin, ce doit être fini ; il est 3h30 du matin, nous sommes à 130 milles de Papeete.
Au petit matin, le temps s’éclaircit, le ciel n’est plus encombré de nuages noirs et il ne pleut pas. Nous en profitons, avant que nous ne désamorcions la pompe, pour remplir le réservoir de gasoil des derniers 40 l de notre ravitaillement effectué aux Galapagos. Francis, épuisé, s’endort ensuite. Quelques dizaines de minutes plus tard, c’est le front qui passe. Tout est gris, c’est le déluge et la visibilité est réduite à 3 fois rien. Pourvu qu’aucun cargo ne croise notre route ; nous ne pourrions le voir. A son réveil, Francis craignant une montée rapide de la force du vent ainsi que des changements intempestifs de sa direction au sein de ce système météo digne de la mer du Nord et préférant rester manoeuvrant ou tenter de le rester met le moteur en route. Une heure se passe quand le moteur se met à tousser, une fois, puis une autre. Nous l’arrêtons immédiatement et poursuivons à la voile uniquement. Nous en serons quitte pour faire notre entrée dans le port de Papeete à la voile. Le soir à la BLU, nous prenons des renseignements sur la passe principale d’entrée auprès des copains. Ce doit être négociable, le courant de passe n’est pas des plus forts.
La chance tourne enfin et nous accompagne le lendemain. Le vent s’est levé dans la nuit et souffle maintenant à 25, 30 noeuds bien établis de nord est. Il nous pousse à toute vitesse vers notre havre ; si vite que nous devons mettre à la cape 1 heure afin d’attendre le lever du jour. Nous rentrerons facilement dans le port à la voile et progresserons ainsi sur les 4 milles suivants dans le chenal qui contourne la pointe nord ouest de Tahiti et mène à un mouillage dont la vue sur Moorea est paradisiaque. Nous la partageons d’ailleurs avec 2 des 3 plus beaux hôtels de Papeete : nous sommes ancrés dans l’anse du Sofitel Maeva Beach et à 100 m des bungalows sur pilotis du Tahiti Beachcomber Parkroyal. Rappelons que l’un tarifie ses chambres à 25 000 CFP et le second, ses bungalows à 44 000 CFP, soit la bagatelle de 1375 FF ou 2420 FF la nuit. Et à ce tarif, ne comptez pas sur le petit déjeuner, il est en sus …
Tahiti, enfin, en express
La passe principale d’entrée de Tahiti se négociera à la voile, panne de moteur oblige. Nous poursuivrons ainsi dans son lagon jusqu’au mouillage du Maeva, superbe mouillage entre les 2 joyaux hôteliers de Papeete avec vue sur Moorea.
Aujourd’hui, pas de balade prévue en ville, l’urgence est à la réparation du moteur. Le décanteur est démonté : plein d’eau et félé. Pourvu que nous puissions retrouver ce type de décanteur en ville sous peine d’être condammés à la pause forçée et bien sûr notre planning est serré d’ici la rentrée scolaire. Nous poursuivons par la purge des réservoirs. Où est située l’alimentation du moteur en gazole ? Au plus bas du réservoir ? Y-a-t’il une purge accessible ? La jauge de gazole, qui n’avait jamais marché, sera réparée. Puis des litres d’eau, 5 à 10, sont éliminés peu à peu. D’où viennent-ils ? Des derniers bidons remplis aux Galapagos ? Sans doute, nous sommes sceptiques mais ne trouvons pas de meilleure explication. Reste à changer les filtres, acheter un nouveau décanteur et le plus rapidement possible refaire tourner le moteur et surtout la pompe à injection. Deux jours après, le moteur redémarre.
Nous avons maintenant le coeur léger pour déambuler dans la plus grande ville de Polynésie. Un petit détour par la douane pour déclarer notre entrée. Nous y obtenons des informations concernant la papeetisation. Il est ainsi possible de séjourner 12 mois sur 24 en Polynésie sans payer cette taxe importante de mise à la consommation du bateau qui varie entre les 20 et 30 % de la valeur résiduelle du bateau. Ceci influencera fortement nos projets en terre polynésienne et notre programme pour 2001-2002.
La ville est de taille abordable, petite même, pas vraiment belle mais le temps est chaud, les passants souriants, habillés de vêtements colorés et fleuris. Sa rue principale, le boulevard Pomare, longe le bord de mer, où se situe un des ports de Papeete. Nous y retrouvons nos amis de Citron Vert, installés ici depuis 1 an. Déjà 2 ans et demi que nous ne les avions vu mais, c’est bien connu, dans le monde des navigateurs, on finit toujours par se retrouver. Ici de la circulation et des embouteillages comme partout mais pas plus. Des grands magasins bien achalandés (de produits français entre autres), chers bien sûr mais certains produits sont quand même abordables. Les produits de base sont subventionnés : la baguette à 40 CFP (2,20 FF), le beurre, le sucre, la farine.
Nous ne visiterons pas plus avant cette magnifique île haute. Nous y reviendrons sans doute dans quelques mois. Mais aujourd’hui, direction les îles sous le vent, Huahine, Tahaa, Bora Bora, Maupiti et notre point de chute Raiatea.
Un pied à terre en plein lagon
Nous sommes arrivés à Raiatea après une sympathique nav d’une journée depuis Tahiti qui nous a laissé le temps d’apercevoir les magnifiques baies de Moorea. Les garçons arrivent dans 15 jours. Il est temps de se mettre à la recherche d’une maison. Alfra est trop exigü pour nous héberger toute l’année scolaire.
Rechercher une maison, mission pas si facile. Appelons les pensions de l’île. Peut être proposent-ils des logements en longue durée ? A chaque appel, ils paraissent bien ennuyés et posent beaucoup de questions avant de donner un prix. Le résultat : 200 000 CFP (11 000 FF) pour un minuscule bungalow pour 4 personnes d’une pièce avec kitchenette et salle de bain ou 100 000 CFP (5500 FF) pour une simple chambre de 4 lits. Impossible de négocier les prix, c’est le prix à la journée multiplier par 30, un point c’est tout. Inutile de persister dans cette direction, c’est peine perdue.
Pas de journal publicitaire d’annonces et la seule agence immobilière d’Uturoa, la seconde ville de Polynésie est fermée en août ; de toute façon, les locations de maison ne sont pas son créneau. Commençons par les petites annonces affichées dans les magasins de la ville, un gros village. La librairie, le Champion et le tour est déjà terminé. Assez rapide donc. Ici, pas d’adresse, les maisons sont repérées par un nombre, leur position sur la route de ceinture, distance par rapport à un point 0 situé dans la ville principale. Ainsi, une maison se trouve au PK 7 côte ouest ou PK 10,5 côte est. Coup de téléphone et premières visites s’enchaînent, histoire de se donner une idée des types de logement ici et des prix. La première maison est un bungalow situé au bord du lagon avec son ponton privé. Sympa pour une semaine de vacances mais qu’en pensez pour une longue durée. Heureusement, le prix, 135 000 CFP, environ, 7420 FF est rédhibitoire. Le seconde maison, au milieu des pins, vue sur Bora Bora, est plus plaisante : 3 minuscules chambres mais nous n’avons pas besoin d’un palace. Le seul inconvénient est son emplacement au PK 10 côte ouest. Enfin, ici, les transports scolaires sont gratuits et cette côte est automatiquement rattaché au lycée de la ville. Reste à savoir si le trajet en truck n’est pas trop long.
Changeons maintenant de mode de recherche. Passons au bouche à oreille : il suffit de se promener à pied et de demander à toute personne rencontrée. 3ème visite, une maison à 100 m du lycée. Une maison de bois, sombre et sale pour un prix élevé de 90 000 CFP. Laissons tomber. A Avera, 5 km plus au sud, le même style de maison de bois, pour 60 000 CFP. Puis s’enchaînent les déplacements en stop, à vélo, à pied. Je visiterai une vingtaine de maisons. Il y a les maisons, côté mer ou côté montagne. Ne pas s’y méprendre, souvent elles sont face à face à 20 m l’une de l’autre, seule la route de ceinture les séparent. Mais la différence de prix s’en ressent, 20 à 35 000 CFP.
Enfin, après une semaine, mon choix est fait : une maison neuve avec 3 grandes chambres située au PK 2,5 Est. Reste à finaliser. Trouver le propriétaire n’a pas été une mince affaire. Habitant Papeete et travaillant sur un cargo qui dessert les Australes, il a fallu que je fasse le tour de la famille pour réussir à le joindre à sa prochaine escale. L’étape suivante fut la réception du bail et son éventuelle correction. Là, s’arrête l’histoire, le propriétaire ayant profité du changement de locataire pour augmenter le loyer de 20 % soit 200 000 CFP, 11 000 FF !
La recherche devra continuer donc mais à un rythme moins effréné. La rentrée scolaire (le 23/08) est passée. Les professeurs sont arrivés et, j’espère, logés. Ce sont eux qui à cause de leur salaire élevé font flamber le marché de la location ici. Nous restons en stand by sur le bateau. La marina d’en ville est très bien placée, à 5 mn du centre et 5 mn du lycée. Je retourne voir des maisons que j’avais écartées tout d’abord. L’une d’entre elles retient mon attention plus qu’à la première visite. J’ai déjà le n° de téléphone de la propriétaire et le prix du loyer. Ne reste plus qu’à appeler pour savoir si la maison sera libre dans quelques jours. Coup de théâtre : la maison est bien libre mais une fois de plus, le loyer a encore augmenté, de 25 % cette fois-ci !!! Je ne cède pas et me dis intéressée pour le prix initial. Je rappelle le lendemain et la propriétaire me dit être d’accord sous réserve qu’elle ne trouve pas un locataire à un prix plus élevé. Reste à attendre une semaine ! On surveillera toutes les annonces qui fleurissent et enlever celles qui peuvent mettre en péril notre location.
Qui veut la fin veut les moyens !
