Les Fidji – Bula, bula !
Nous voici dans les îles Fidji, au Nord Ouest du pays. Nous retrouvons les paysages tropicaux habituels : île basse agrémentée de quelques collines, des plages de sable blanc frangées de récifs, une végétation de cocotiers, manguiers, bananiers et arbres à pain. Ceux qui avaient vu le film Castaway avec Tom Hanks dans le rôle du naufragé en auront une image très précise puisque le tournage s’y était déroulé.
Nous profitons du tout nouveau bimini installé en Nouvelle Zélande. Un confort d’autant plus appréciable et utile ici qu’à sa partie fixe placée au dessus de la barre à roue s’ajoute une seconde bande amovible qui couvre largement le cockpit et nous protège du soleil comme de la pluie. Car dans ce coin très mal pavé, il est impossible de quitter la surface de l’eau des yeux. La navigation s’avère très malaisée, sans doute la plus difficile que nous ayons connue jusqu’à maintenant. Les cartes sont très peu détaillées et en ce moment, la météo maussade ne favorise pas la visibilité. La vigilance est donc de rigueur dans ce golfe Blight, du nom du célèbre capitaine de la Bounty, qui suite à la mutinerie et en route vers les Indes, avait traversé cette zone en chaloupe avec ses 18 compagnons d’infortune.
« Bula, bula » scandent les enfants dès notre arrivée sur la plage. A peine avons-nous mis le pied à terre que nous sommes entourés de petites têtes aux cheveux courts et crépus, noirs bien sûr mais aussi châtains et plus étonnamment blonds. Pas de cheveux « en fête » pour les filles qui se confondent avec les garçons. La petite bande nous conduit rapidement à la case du chef pour la cérémonie du sevusevu, une tradition dans les îles Mamanucas et Yasawas. En l’absence du chef, un membre de sa famille le représentera et nous recevra à sa place ; ainsi dans tous les cas, la coutume sera respectée. Invités à nous assoir à même le sol sur une natte de pandanus, nous remettons notre paquet de kawa. Ces racines de la famille du poivrier sont uniquement cultivées sur le continent et donc introuvables sur les îles. Pilées, malaxées et aditionnées d’eau, elles permettent de concocter un espèce de breuvage assez fort qui fait office d’alcool. Le chef dépose notre offrande au sol, la tape rapidement de la main et commence une prière. Dite, il nous invite cordialement à séjourner dans son village, profiter du mouillage et des reefs environnants. S’enchaînent balades et visites. Les conversations s’engagent par un conventionnel « Where do you come from ? ». L’anglais enseigné dès la première année d’école primaire est parlé par tous les fidjiens ; ceux-ci recherchant volontiers le contact. Souvent, l’après-midi, nous sommes invités à boire le thé parfois accompagné de pancakes. L’habitation se compose majoritairement de deux cases distintes ou bures, équivalent du fare polynésien et du fale tongan ; l’une sert au repos, la seconde à la cuisine. Les bures habitation sont sur le modèle suivant : 2 portes d’entrée, l’un d’entre elles est réservée aux invités, un coin dortoir avec un ensemble de lits ou de matelas serrés les uns contre les autres, un rideau de séparation, un espace réception dénué de tout meuble puisqu’on s’assoie sur le mat et pour toutes décorations, quelques photos sur un mur. Parfois, nous partons snorkeler, les fonds de la région ne sont pas exceptionnels mais au mouillage de Drawaqa, nous aurons la chance de nager avec des raies manta. L’une d’entre elles est d’une extrême beauté avec son ventre blanc qui illumine l’eau ; nager avec elle fut un moment d’intense émotion et assurément mon meilleur souvenir des Fidji.
Les Fidji – Epoustouflante
A Panama, il y a plus de 2 ans, le nom de son bateau avait déjà sonné à nos oreilles. Appelé à se présenter juste devant Alfra aux écluses du canal, « Dessert First » avait brillé par son absence. Nous l’avions ensuite revu, à sec, au carénage de Raiatea, puis à Nuku’alofa, la capitale des Tonga, en attente de traversée vers la Nouvelle-Zélande, et encore fraîchement arrivé aux pays des kiwis, à Opua, dans la baie des îles. C’est finalement aux Fidji que nous ferons plus ample connaissance avec son incroyable propriétaire, Marie Louise.
D’origine suisse, émigrée depuis 40 ans aux Etats-Unis, elle a déjà énormément voyagé pour son métier et est devenue une parfaite polyglotte. Jugez plutôt : français, allemand, espagnol, anglais, chinois, mandarin sans oublier 3 patois suisses. Elle vogue depuis 10 ans maintenant au gré de ses envies (et grâce à une énergie débordante et communicatrice) des Caraïbes au Pacifique. A 74 ans passés, elle skippe son bateau de 12 m et n’hésite pas à naviguer seule quand aucun équipier ne s’est présenté au ponton ou n’a pas fait l’affaire. Plongeuse, elle endosse la combine quand l’occasion se présente. A Tahiti, elle décide de prendre son sac à dos et part en excursion du côté de l’île de Pâques, Chili, Pérou, Equateur et fait un saut aux Hawaïennes avant de retrouver les Polynésiennes. En Nouvelle Zélande, elle n’a pas moins fait que 10 000 km en 4 mois au volant de sa voiture d’occasion et uniquement dans l’île Nord. Elle est carrément étonnante et détonnante. Elle vient de faire installer une bôme à enrouleur ce qui est bien sécurisant. Francis lui a révisé son guindeau et son dessalinisateur quand elle avait finalement renoncé à solutionner les pannes elle-même. Du côté informatique, rien à lui apprendre. Il y a belle lurette que le modem Pactor qui permet de recevoir des mails est installé à bord. Elle se régale de sa dernière acquisition, un appareil photo numérique de 4 millions de pixels. Pour optimiser l’utilisation de son camescope numérique et réaliser ses montages vidéo, elle s’envie d’un Ibook car n’est pas vraiment copine avec Windows et XP. J’ai juste raccordé son GPS à son système de cartes électroniques ce qui là encore apporte une sécurité supplémentaire. Aussi gourmande de desserts que moi, elle a toujours un carré de chocolat suisse dans le placard et fait délicieusement bien les brioches. Francis qui les a fortement appréciées pendant mon absence m’a envoyé faire un stage d’apprentissage à son bord.
Après une navigation de conserve dans les Yasawas, nos routes se séparent aujourd’hui, la sienne continue vers Savusavu au nord, nous partons vers les Vanuatu à l’Ouest. Nous aurons l’an prochain des difficultés à trouver une destination commune mais une chose est sûre, que ce soit sur l’eau ou à San Francisco, son port d’attache, nous nous reverrons !
Les Vanuatu – Explosif
Quelques secousses douces mais bien perceptibles remuent subitement le bateau. Nous pourrions nous précipiter sur les instruments, vérifier la profondeur du mouillage au sondeur mais nous restons impassibles ou presque. Si le phénomène n’est pas quotidien, il est, ici, relativement fréquent ; nous sommes à Tanna, une île du sud des Vanuatu, au pied du volcan Yasur, un volcan actif et ça se sent !
Au petit matin de notre atterrissage, nous observions d’épais panaches de fumées brûnatres s’élever d’une hauteur de l’île en vue. Dans le mouillage tranquille de Port Résolution, quelques indices visuels qui laissent deviner la proximité du volcan s’ajoutent à un grondement sourd et périodique : des vapeurs blanchâtres qui s’échappent bizarrement de la végétation environnante, des femmes qui lavent du linge, sur des roches plates, au bord de la plage de sable noir, l’eau chaude à disposition, un équipage qui, assez près de nous, se prélasse dans un jacuzzi naturel. Au terme d’une belle balade jusqu’à Sulphur Bay, nous jugerons mieux de l’intensité de l’activité volcanique. Nous discernons de là, à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau du volcan, des jets de pierre se dégageant de son cône.
L’accès à Yasur dont le sommet ne culmine qu’à 361 m est relativement aisé à pied par des sentiers (3 h aller) cependant pour faciliter le retour de nuit, nous emprunterons un 4×4. 40 mn de trajet pour une quinzaine de kilomètres de piste et une dernière ascension très cahoteuse, entassés à 14 dans la benne du véhicule, nous voici lachés dans un no’mans land volcanique, ensemble de cendres, scories, bombes et autres lapilli, à, tout juste, 100 m du cratère. Nous grimpons rapidement au sommet de la caldeira. A nos pieds, 2 niveaux inférieurs et les plus intrépides descendront à l’intermédiaire afin d’observer de plus près l’inimaginable spectable qui se déroule à 200 m en contrebas. Là, plusieurs trous béants ; 2 cheminées largement actives éjectent au cours de petites éruptions un mélange de cendres, vapeur d’eau, gaz, roches fondues et fragments solides. Ces derniers, des pyroclastites, retombent au sol à proximité immédiate des évents. Le premier, dont nous apercevons la lave en fusion à près de 1000°C, est comparable au bouquet final d’un feu d’artifice avec ses projections tout azimut. Le deuxième a un comportement différent ; son feu couve une dizaine de minutes pour mieux exploser ensuite dans un vacarme assourdissant. Mais c’est un troisième évent, latéral celui-ci, que surveille attentivement Noah, notre jeune guide. Compte tenu de sa position inclinée sur le flanc du cratère, son réveil intempestif pourrait nous placer dangereusement dans sa ligne de mire.
Cois tout d’abord, impressionnés par cet incroyable spectacle, nous sommes de plus en plus excités, inconscients peut être du danger potentiel, complètement captivés par ces explosions d’une force indomptable et d’un renouvellement constant. Il fait nuit depuis un petit temps déjà, la pluie tombe drue et a redoublé d’intensité tout comme l’activité volcanique. Depuis deux heures, elle s’est peu à peu, insidieusement mais largement intensifiée et les pierres en fusion sont maintenant violemment explusées à plus de 100 m de hauteur. La « prudence » s’impose. Il est temps de regagner la tranquilité de nos bords respectifs.
Les Vanuatu – La plus grande épave du monde
Premier saut périlleux arrière, deuxième, troisième, une raie manta bien joyeuse s’exerce et détourne notre attention ; à l’approche sur zone, nous scrutons l’horizon en quête d’une bouée signalant l’épave du SS Tucker, navire ayant pris part à l’attaque de Pearl Harbour. Les épaves sont légion, ici, aux alentours d’Esperitu Santo, île du nord des Vanuatu qui comme Guadalcanal aux Salomon ou Nouméa en Nouvelle Calédonie servit de base aux Américains pendant la seconde guerre mondiale. Revenus bredouilles de notre première immersion, nous procéderons au contrôle de notre point GPS, à une relecture des infos à notre disposition, à l’analyse d’une photo aérienne pour finalement faire appel à un local qui nous aidera à localiser le destroyer.
Il y a maintenant plus d’un mois que les Danza et moi, tous récemment diplômés en plongée avec une vingtaine de plongées à nos actifs, plongeons ensemble. Francis, notre divemaster, a emmené, dès que l’occasion s’est présentée, la joyeuse palanquée sur les murs et reefs d’Aniwa, Cook, Tongoa, Ambrym, Pentecôte et Maewo. La fine équipe s’est franchement régalée ; souvenirs de murs spectaculaires où coraux, couleurs et poissons par milliers ont fait tourner nos têtes. L’entraînement a porté ses fruits, nous sommes prêts à plonger confiants sur la plus grande épave au monde (22 000 tonnes pour 220 m de long) si facilement accessible. Elle gît à Luganville, terme de notre balade aux Vanuatu, entre 25 et 70 m de fond. Le SS président Coolidge, ce luxueux paquebot, joyau des chantiers américains des années 30, converti en transporteur de troupes sauta sur deux bombes amies en octobre 42 dans le large canal d’accès à la ville. L’équipage, 5150 marins, fut sauvé à l’exception d’un marin tué dans l’explosion et du commandant resté emprisonné dans son navire, mais tout l’équipement fut englouti en moins de 2 heures.
En 82, le Coolidge est devenu réserve et seules les plongées au sein d’un club sont autorisées. Après 60 ans d’immersion, la structure est toujours intacte ; on plonge le long des ponts, à travers les soutes jusqu’aux salles intérieures. Se côtoient les nombreux vestiges de ses jours de fête (la Lady, belle statue élisabethenne, les lustres des salles de restaurant, les fontaines et la piscine en mosaïque, …) comme de son histoire de guerre (casques, fusils, munitions, obus même, masques à gaz, jeep, rangées de toilettes des troupes …). Les plongées sont variées et adaptables aux niveaux, âges et intérêts de chacun. Enthousiastes, nous en enchaînerons plusieurs. Nos plus profondes seront : la Lady à 38 m pour les ados, David et Sarah, la salle des machines à 48 m pour moi et la piscine à 55 m pour David et Francis.
