Australie

Décembre à Août 2023 à terre
Navigation d’Août à Septembre 2023

Freshy or salty

L’avion qui vient de nous survoler s’apprête à faire demi-tour. Il reviendra en rase-motte, par l’arrière, plus près encore, dans quelques minutes cherchant sans doute à identifier plus exactement le bateau par son nom inscrit sur le tableau arrière. Scénario à l’identique, il y a une semaine déjà et à quelques 700 milles à l’est, les Customs de Thursday Island, au large de la péninsule du Cape York, avaient procédé de même. Cette fois-ci, nous approchons de Darwin, capitale du Territoire du nord, dernière escale en terre australienne. Péniblement au moteur, nous aurons parcouru les 250 derniers milles dans une chaleur de plus en plus accablante mais encore supportable car non chargée d’humidité à cette période.

Malgré un final quelque peu monotone et assourdissant, ma première navigation de l’année a eu son comptant de distractions et d’intérêt. D’abord, pour rejoindre le bord, survol de la Grande Barrière : spectacle unique que la vue du ciel de ces centaines d’anneaux de corail aux couleurs féeriques. 2 heures collée au hublot qui m’ont fait basculer de Cairns, la ville la plus touristique du Queensland à Horn Island, île minuscule qui serait dépourvue de toute activité si, du fait de sa platitude, elle ne possédait pas cet aérodrome du bout du monde, en l’occurrence, ici, du bout de l’Australie. Traversée en taxi-boat du mouillage venté mais non rouleur de Horn à Thursday Island, plus animée. Balade jusqu’au Green Hill Fort, fort d’observation et de défense du pays entre les 2 guerres à cet endroit stratégique du détroit de Torrès. Traversée du golfe de Carpentarie dans des allures confortables par mer calme. Stop à Gove, au coeur d’un immense territoire aborigène. Nous tenterons sans succès d’y trouver un authentique didgeridoo directement auprès d’un local dans cette région bien à l’écart des routes touristiques. Cet instrument de musique traditionnel est confectionné à partir de certaines branches d’eucalyptus évidées par les termites. Rapide passage du Hole in the Wall, étroit couloir d’une trentaine de mètres sur un mille de distance au centre du chapelet des English Compagny Islands. Un courant de 6 nœuds nous faisait glisser dans cet endroit calme et tranquille jusqu’à savonner à son embouchure. Prise d’une belle bonite immédiatement après avoir mis la ligne à l’eau. De quoi venger Malo qui pourtant déterminé fut malheureusement bredouille à chacun de ses essais. Stop à New Year Island dans la mer d’Arafura dans l’espoir que le vent se lève. Ballade à terre avec tentative d’identification de dizaines de traces. Tortues ou crocos : le mystère restera entier. J’ai entendu des histoires de crocos dérivant avec le courant à plusieurs milles de la côte. Je n’en mène pas large et Francis a beau me dire qu’à terre, nous sommes plus rapides à la course que l’animal, je n’en suis pas plus rassurée pour autant. Je n’ai toujours pas vu la bête en liberté et j’ai la frousse d’une rencontre incongrue. Francis, d’ailleurs, n’ira pas s’aventurer à snorkeller. Il a déjà quelques observations à son actif. Il en a aperçu un premier à la surface de l’eau à Fitzroy Island en approche de Cairns. Un deuxième de plus près, défendant son territoire alors qu’il voulait se dégourdir les jambes près de l’estuaire d’Escape River. Bizarrement, à cet endroit, sont exploitées des fermes perlières et il est à se demander comment sont gérés, sous la menace constante de ces énergumènes, les travaux dont une grande partie se déroule normalement dans l’eau. Soit dit en passant, les perles blanches obtenues sont d’une piètre qualité. Et 3 derniers spécimens enfin venant admirer le coucher du soleil sur les rives découvertes à marée basse du mouillage de Horn.

Les crocos, il en y a 2 espèces en Australie, les freshies, ceux d’eau douce et les salties, leurs homologues d’eau de mer. Le plus petit, le crocodile d’eau douce, à gueule étroite et d’une longueur maximale de 3 m, peuple uniquement les cours d’eau et billabongs. Le salty, qui se trouve dans ou à proximité de n’importe qu’elle eau, douce ou salée, est franchement plus dangereux et carrément plus impressionnant avec ses 7 m de long. Un Australien à qui je posais la question de savoir si les crocodiles étaient vraiment dangereux pour la baignade, ici, à Cairns, me répondit : »Oh non, les crocodiles (je suppose qu’il parlait des freshies) ne sont absolument pas un problème. En hiver, ils sont rassasiés et peu agressifs s’ils ne se sentent pas menacés. Les accidents sont extrêmement rares. Et puis, en été, de décembre à mai-juin, la mer grouille de box jellyfish, des méduses dont la piqûre peut être mortelle ce qui limite fortement l’envie de se baigner ». Génial !

 Crocodile dundee

Nous voici dans le Territoire du Nord, le territoire le moins peuplé d’Australie : 1 % de la population sur 20 % de l’étendue du pays dont la moitié, 90 000 habitants, est localisée à Darwin, la capitale et 9ème ville du pays. Renommé pour Uluru, le fameux Ayers Rocks situé au sud du territoire dans le  » Centre rouge « , symbole de l’Australie à lui seul, le Territoire du Nord renferme néanmoins d’autres superbes parcs, facilement accessibles de Darwin ; le Top End possède l’héritage culturel le plus riche d’Australie. Nous décidons de louer une voiture pour une excursion express de 3 jours aux alentours.

Cap au sud, à 140 km de Darwin, destination le parc de Litchfield. Tout au long de la piste d’accès nord, s’élèvent de bien curieux monticules, des milliers de termitières. Chaque espèce a sa forme particulière. Certaines sont de petits pics de 50 cm de hauteur maximum, d’autres un peu plus volumineuses affectionnent les proximités de tronc d’arbre, d’autres encore, larges dômes tarabiscotés atteignent et dépassent les 3 m de haut comme les dernières, dites magnétiques, qui ont en plus la particularité d’être orientées Nord-Sud afin de mieux optimiser la répartition interne de chaleur. Puis soudainement au bout de la piste, au milieu du désert, surgissent des oasis de verdure et de fraîcheur dans des vallées encaissées assorties de belles chutes d’eau et piscines comme Wangi et Florence Falls ou de dizaines de cascade tel Buley Rockhole. Au milieu de la chaleur ambiante, il faut plus chaud ici au cœur de l’hiver qu’en plein été à Brisbane, tout invite à la baignade. Seul un panneau à l’entrée de la zone de baignade pourrait nous faire hésiter :  » Les voies d’eau qui alimentent la piscine ont été piégées en amont au début de la saison sèche et la zone est connue comme étant exempte de crocodiles. La baignade est donc possible mais reste à vos risques et périls « . C’est enregistré. Merci.

Après une baignade rafraîchissante, nous rejoignons la Stuart Highway. Cette route qui traverse l’Australie, du Nord au Sud, de Darwin à Adélaide, sur plus de 3000 km. Elle est très fréquemment empruntée par les road trains, ces impressionnants trucks à 3 ou 4 remorques dont la longueur dépassent les 50 m. Nous arriverons à Katherine en début de soirée. Nous avons réservé pour la première heure du lendemain un canoë afin de remonter les gorges de Nitmiluk. Excellente idée : le paysage est splendide et le petit souffle d’air frais à la surface de l’eau calme bien agréable. Nous observons, ici et là, entre deux superbes falaises, de petites étendues sablonneuses bien accueillantes. Là encore, des panneaux : « Do not enter ». Ce sont des zones de nidification de crocodiles ; on n’en doute pas, on voit des traces ! Bon, on passe son chemin et on ne renverse pas le canoë, please. Heureusement, en cette saison, les risques sont faibles, pas de torrent tumultueux mais juste une rivière tranquille et nous passons les rapides à pied en traînant l’embarcation.

Après cette matinée sportive, nous bouclons notre parcours et partons vers le parc de Kakadu, classé patrimoine mondial de l’humanité. Ici, dans ce parc où a eu lieu le tournage de Crocodile dundee, il est carrément interdit de se baigner, le risque est trop élevé. D’ailleurs, 2 fleuves aux noms évocateurs de South et East Alligator River traversent la région : c’est la porte d’entrée à tous les salties possibles et imaginables. Au milieu du superbe marais de Yellow Water et de ses milliers d’oiseaux aquatiques, j’y verrai, bien à l’abri, du haut d’une passerelle d’observation, mon premier croco. Enfin ! Mais même si ce parc présente une grande richesse végétale et animale, ce ne sont pas ni sa faune, ni ses mines d’uranium que nous sommes venus voir mais ses magnifiques peintures rupestres. La plupart des sites, il y en a près de 5000, sont tenus secrets : afin de les protéger du vandalisme, parce qu’ils sont sacrés, qu’ils appartiennent aux Aborigènes ou encore qu’ils sont censés abrités des êtres dangereux qui ne peuvent être approchés par des non-initiés. Deux des plus beaux d’entre eux, Ubirr et Nourlangie, sont ouverts aux visiteurs. Leurs fresques, le long de vastes galeries rocheuses, sont parfaitement conservées : archives du peuple aborigène, certaines datent de plus de 20 000 ans, d’autres sont être très récentes, quelques dizaines d’années. Notre peinture préférée, la galerie principale d’Ubirr, présente une multitude d’animaux. On y reconnaît facilement wallabies, goannas, tortues et barramundis, le poisson préféré des Australiens que l’on trouve dans tous les fish and chips !